Parc naturel régional

L’œuvre La Nuit de Sabbat a été abattue ce matin pour des raisons de sécurité en forêt de Crécy. Une nouvelle étape du programme Forest Art, qui valorise la continuité écologique.

Une page se tourne en forêt de Crécy

L’œuvre La Nuit de Sabbat, sculptée en 2016 par Samuel Lepetit et Paco le Razer dans le cadre du programme Forest Art, a vécu ce matin une nouvelle étape de son cycle naturel. L’arbre support, déjà très affaibli, a été finalement couché au sol vers 8h ce matin, confirmant l’évolution attendue de cette sculpture emblématique située à la Clairière du Muguet.

Un projet artistique pensé pour accompagner la vie… et la mort du bois

En 2016 et 2017, le programme Forest Art transformait des arbres morts ou depérissants en sculptures monumentales, installées au coeur du principal massif forestier de la Somme. Parmi elles, La Nuit de Sabbat, une piece de 13 metres devenue l’une des signatures du parcours, illustrait parfaitement le dialogue entre creation artistique et cycles naturels de la foret.

Dix ans plus tard, l’arbre qui servait de support arrivait en fin de vie. Très affaibli, il presentait une decomposition avancee de la base, des attaques d’insectes xylophages — un processus attendu dans le cadre du projet — et une instabilite structurelle qui ne permettait plus d’assurer la securite du public. Comme prevu des l’origine du programme, il a donc ete abattu ce matin.

Une continuité écologique assumée

Fidèle à l’esprit du programme, l’arbre abattu restera sur place. Les grumes formeront désormais un véritable îlot de sénescence, offrant un refuge précieux à la biodiversité forestière : insectes, champignons, microfaune et oiseaux y trouveront un habitat essentiel. Elles constitueront aussi un prolongement artistique naturel, puisque la transformation du bois fait partie intégrante du concept de land art porté par Forest Art.

Le programme revendique depuis ses débuts cette continuité entre vie, mort et métamorphose du bois, envisagée comme un même mouvement créatif et écologique. L’abattage de La Nuit de Sabbat ne marque donc pas une disparition, mais l’ouverture d’une nouvelle étape dans ce cycle vivant.

Un panneau explicatif pour accompagner les visiteurs

Afin d’aider le public à comprendre cette évolution naturelle, un panneau pédagogique sera installé prochainement sur le site. Il rappellera l’histoire du programme Forest Art, le rôle écologique du bois mort, la place de l’œuvre dans le cycle forestier, ainsi que les raisons de l’abattage et la continuité de sa fonction écologique.

Forest Art, un parcours vivant
Depuis sa création, Forest Art a permis la réalisation d’œuvres inspirées des contes et légendes de Picardie : La Nuit de Sabbat, Le Géant, La Petite Sœur, L’Arbre raconte… Ce parcours artistique vivant évolue au rythme de la forêt, offrant aux visiteurs une expérience renouvelée à chaque saison.
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La nuit de Sabbat en 2016 - ©BS3V
ARTISTES : Samuel Lepetit et Paco Le Razer
essence : frêne - Taille : 13 m

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Souche de la nuit de Sabbat - ©ONF.ESpailier

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Abattage de la nuit de Sabbat - ©ONF.ESpailier

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Abattage de la nuit de Sabbat - ©ONF.ESpailier

La nuit de Sabbat

Conte : Le bois des féés qui a insipiré la création de Samuel Lepetit et Paco Le Razer

Quand il débarqua au Cap Hornu, au printemps de l’an de grâce 611, le premier souci de St-Valery fut de chasser les petites fées qui vivaient là-bas, à la cime des arbres. Certaines se métamorphosèrent en oiseaux pour pouvoir s’enfuir, pour pouvoir échapper aux haches des moines; d’autres se transformèrent en femmes-poissons (ce furent les ancêtres de nos Marie-Grauette modernes), ou encore en grenouilles vertes au milieu des roseaux et des nénuphars (c’est pour cette raison qu’aujourd’hui encore, lorsqu’on en embrasse une à pleines lèvres, elle se change parfois en une belle princesse, blonde et blanche, avec des cheveux comme un champ d’avoine et des yeux comme un bouquet de bleuets). Or il advint que certaines des fées (qu’on appelait dans le pays les « petites sœurs » ou encore les « sœurettes ») allèrent se réfugier dans le bois qui se trouve entre Pinchefalise et Boismont, et que l’on appelle depuis cette époque « Le Bois des Fées ». Elles s’installèrent dans les plus hautes branches, à l’abri du vent de mer et des poursuites des moines. Aux changements de lune, les fées dansaient en bordure du bois, à la clarté des étoiles. Elles se déshabillaient, et, par les nuits chaudes d’été, allaient se baigner dans les trous d’eau de la Baie de Somme (qui étaient beaucoup plus larges et profondes alors qu’au-jourd’hui). On racontait, dans les fermes, à la veillée, en se rapprochant du feu de bois, que les braconniers, les maraudeurs égarés, les marins en goguette étaient ensorcelés par leurs cuisses de brume et leurs yeux de serpent. On disait que les fées aguichaient les promeneurs, qu’elles les enlaçaient, les embrassaient, et les entraînaient sans qu’on les revoie jamais. On disait que le bosquet se changeait en salle de bal et que l’on pouvait voir des guirlandes de lumières sur toutes les branches. On disait encore que parfois, on apercevait, qui montaient la garde sur des chevaux fantastiques crachant le feu, des chevaliers noirs comme l’enfer, cuirassés de fer : les gardiens des secrets du bois, qui refoulaient les curieux, cependant qu’un orchestre invisible, avec des violons qui se lamentaient et des cornemuses qui pleuraient, jouait des musiques d’une douceur à vous fendre l’âme. Des chœurs de rossignols chantaient, pour vous charmer, à vous en faire perdre la tête, à vous en faire perdre la mémoire. Les fées tourbillonnaient, et leurs jupons transparents s’enroulaient autour d’elles, leurs cheveux d’argent, leurs rubans de dentelle papillonnaient la nuit entière... On dit encore que lorsque le soleil commençait à darder ses premiers feux, les petites fées, assoiffées, buvaient dans une grande coupe en or, la rosée sucrée du cœur des fleurs. Et puis, un beau jour, au moment même où les cavaliers noirs, les gardiens du bois et de ses secrets venaient de disparaître dans les brumes bleues de la pointe du jour, montés sur leurs chevaux aux naseaux de feu, tout à coup (on dirait un fait exprès), on a entendu un grand cri perçant : « Les moines ! »... « Les moines ! »... Les moines de StValery arrivaient, en procession, pieds nus, derrière leurs bannières qui claquaient au vent; ils venaient, avec leurs grandes croix noires et leurs goupillons. Alors, les fées, effrayées, se sont envolées, comme une bande de petits moineaux frileux. En s’envolant, elles ont laissé choir la grande coupe en or où leurs lèvres buvaient la rosée sucrée du matin. La coupe, culbutée, est tombée au milieu du bois des fées. On raconte que personne ne l’a jamais retrouvée, mais il paraît, à ce que l’on m’a dit, qu’aujourd’hui encore, certains, à la tombée de la nuit, la chercheraient toujours !
Ch’est Aladon – Jean-Marie FRANCOIS

Pays d'art et d'histoire